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Usages

Introduction  Histoire Moulins à ventMoulins à eauUsagesMétiersHazebrouck

Le Moyen Age a développé une civilisation où l'on utilisait ces machines à tout faire que sont les moulins à eau et à vent. L'un comme l'autre étaient connus du paysan et du citadin. 

Ces "usines" devinrent vite un lieu de contact et de rencontre, surtout les moulins à blé. Les rassemblements étaient importants, les files d'attente longues. Des prostituées circulaient dans la foule, recrutant leur clientèle. Saint Bernard, au XII° siècle, menaça même de fermer les moulins. 

Un document du XIII° siècle sur le rôle de l'énergie hydraulique dans un abbaye cistercienne prouve l'importance des moulins à eau.

"Un bras de rivière, traversant les nombreux ateliers de l'abbaye, se fait partout bénir par les services qu'il rend ... la rivière s'élance d'abord avec impétuosité dans le moulin, où elle est très affairée et se remue, tant pour broyer le froment sous le poids des meules, que pour agiter le crible fin qui sépare la farine du son. 
La voici déjà dans le bâtiment voisin; elle remplit la chaudière et s'adonne au feu qui la cuit pour préparer la bière des moines si les vendanges ont été mauvaises. 
La rivière ne se tient pas pour quitte. Les foulons établis près du moulin l'appellent à leur tour... 
Quand elle a fait tourner d'un mouvement accéléré, tant de roues rapides, elle sort en écumant; on dirait qu'elle est broyée. 
Au sortir de là, elle entre dans la tannerie, où elle prépare le cuir nécessaire à la chaussure des frères; elle y montre autant d'activité que de soin, puis, elle se divise en une foule de petits bras pour visiter les différents services, cherchant diligemment partout ceux ont besoin de ses services, qu'il s'agisse de cuire, tamiser, broyer, arroser, laver ou moudre, ne refusant jamais son concours. 
Enfin, pour compléter son œuvre, elle emporte les immondices et laisse tout propre."Cette description aurait pu s'appliquer aux 742 monastères cisterciens construits sur le même modèle. 
Longtemps avant l'apparition de l'électricité ou même de la machine à vapeur, les moulins étaient déjà employés pour tous les usages possibles et imaginables. 

 

Moudre le grain

Les grains sont d'abord nettoyés : d'abord vannés à la main, ils sont confiés ensuite au tarare dont les pales, provoquant un mouvement d'air, rejettent la poussière et la paille.
Les sacs sont hissés au moyen de tire-sacs ou "windac". Puis, les grains sont versés dans la trémie d'où ils s'écoulent par une trappe réglable dans l'auget secoué régulièrement par le frottement contre le fer de la meule.

Celui-ci actionne la meule courante (au-dessus). La trépidation ainsi provoquée permet aux grains de s'écouler automatiquement par l'œillard de la meule courante entre celle-ci et la dormante (en-dessous) qui est fixe.

 

                                                  

  

                   La chambre des meules

 

La farine est dirigée par un conduit dans un sac ou directement dans la bluterie. Là, elle est séparée du son et du rebulet (ou gruau).

Après être tamisée, la boulange (grains broyés) est récupérée par la vis d'Archimède pour l'ensachage.

Broyer les graines oléagineuses

La culture des graines oléagineuses a connu un grand développement dans notre région. l'huile extraite de la graine de lin, de colza, d'œillette ou pavot noir et de chènevis, fut l'objet d'un commerce très important, surtout autour de Lille, qui comptait dans ses environs plusieurs  centaines de moulins à huile appelés "tordoirs".

C'est une industrie très ancienne. A partir du 11° siècle et fréquemment au 13°, on mentionne des moulins à huile en Flandres. La presque totalité de ces "tordoirs" étaient des moulins sur pivot qui utilisaient comme moyen de transmission du mouvement mécanique, l'arbre à cames, levant et libérant les pilons.
Le seul qui subsiste aujourd'hui est celui des Olieux à Villeneuve d'Ascq. Mais, à partir d'avril 1999, le meunier du moulin de Cassel fabriquera de l'huile dans la cavette qu'il a fait construire récemment par l'un des rares charpentiers qui existent encore aujourd'hui.

Préalablement broyées sous les pilons ou les meules verticales pour les moulins tours ou à eau, puis chauffées pour ramollir la pâte, les graines sont pressées jusqu'à l'extraction complète de l'huile. 

Le résidu, appelé tourteau, de la forme d'un gâteau sec, est utilisé comme engrais ou nourriture pour les bestiaux.

Les pilons du Moulin des Olieux     Le chauffoir     La presse
     

                                                            à Villeneuve d'Ascq

Scier et forger :

Scier le bois :
La machinerie de ces moulins est complexe. Un châssis composé de lames, l'armure, est animé d'un  mouvement de va-et-vient par l'intermédiaire d'une bielle manivelle. Un rouet à cliquet fait avancer, entre chaque coup de scie, une crémaillère tirant un chariot sur lequel est fixé le tronc d'arbre à débiter.

 Scier la pierre :   

Le principe mécanique est le même que pour le bois, à la différence que le châssis, au lieu d'être vertical, est horizontal. En outre, c'est lui qui descend régulièrement, de 4 cm par jour pour le granit et de 6 à 7 cm pour le marbre. On les trouve dans l'Avesnois, où l'on extrayait la pierre.
Il y en eut environ une cinquantaine et quelques autres dans le Boulonnais.

Fabriquer le papier :

Lieu de prédilection des papeteries, la vallée de l'Aa en a connu des dizaines, dont certaines, mais très modernes, fonctionnent encore.
On ne sait qui a été l'instigateur de cette activité dans la région Nord - Pas-de-Calais. Ce fut l'aboutissement d'un long périple qui amena en Occident une invention chinoise; par la route de la soie, le papier et son secret de fabrication arrivèrent en Perse au VII° siècle, gagnèrent l'Espagne au XI° siècle et la France au XIV° siècle.
Avant la fabrication proprement dite, les femmes et les enfants avaient pour tâche de collecter les chiffons usagés et d'en enlever les boutons.

Puis, les chiffons étaient triés, lavés et mis au pourrissoir où ils fermentaient une à deux semaines suivant le cas. C'était l'art du "gouverneur" de savoir quand arrêter cette opération. On pouvait parfois voir des champignons pousser sur la masse qui pourrissait ...

Les chiffons étaient ensuite découpés au dérompoir avant d'être portés dans la salle des piles à maillets mises en marche par la roue à aubes actionnée grâce à la rivière. La tête d'un maillet était garnie de clous tranchants pour déchiqueter les chiffons au rythme de 40 à 60 coups par minute.

Puis les fibres se diluent dans une cuve où "l'ouvreur" et le "coucheur", deux ouvriers papetiers, fabriquaient à la main la feuille de papier. Plongeant une "forme", c'est-à-dire un châssis tendant une toile métallique dans la cuve, l'ouvrier ressort une couche de pâte qui s'égoutte notamment à la "couverte" .

Les feuilles de papier empilées étaient pressées puis séchées dans un "étendoir".
 

Le moulin à papier, extrait de l'Encyclopédie de Diderot.

Les procédés évoluèrent avec le temps. La pile hollandaise, introduite au XVIII° siècle, supprima le pourrissoir. Elle consistait en un cylindre muni de lames tranchantes tournant dans la cuve entre 120 et 200 tours par minute. Plus tard arrivèrent les machines, comme celle inventée par Nicolas Robert  en 1799, pour faire une feuille continue.

Les formats anciens de papier portaient des noms pittoresques comme  le jésus, le raisin, la couronne, la coquille ...Les papiers spéciaux portaient ou portent encore des noms comme le pot pour les cartes à jouer, le grand cornet, le vergé ...

A Esquerdes, sur les bords de l'Aa, la Maison du Papier nous fait revivre l'histoire du papier et présente un véritable atelier de fabrication qui a été reconstitué à l'identique de ceux qui existaient aux siècles passés.

La roue à aubes, d'un diamètre de 7,80 m, installée à l'extérieur, sur l'Aa, fournit l'énergie nécessaire à la démonstration de cette activité artisanale. 

Là, on fabrique toutes sortes de beaux objets, grandes feuilles de papier, écrues, colorées ou imprimées, cadres en carton, pots à crayons, papier à lettres ... Dans les mini-ateliers, on peut faire soi-même son papier et emporter sa feuille !


Forger les métaux :

L'existence d'une forge dépendait de la proximité de 3 produits de base :
le minerai
le combustible
l'énergie.
Elle servait à fabriquer clous, cuirasses, lames de scie, faux... Les moulins forges ont été nombreux dans l'Avesnois. Comme dans les moulins à huile, c'est aussi le système de l'arbre à cames qui est employé pour lever le marteau, appelé ici martinet ou maka, sur l'enclume.





Le marteau à biseauter, installé à Villeneuve d'Ascq, au siège de l'ARAM, provient de la taillanderie Monnoyer Debary fondée en 1880 à Vers-sur-Selle, petite commune au sud d'Amiens.

Drainer :

Les moulins étaient de type tour. Ils étaient situés dans la plaine maritime entre Calais, Dunkerque et Saint-Omer.
Ainsi les marais des Moëres ont été asséchés au XVII° siècle, en quatre ans, par l'ingénieur Wenceslas Cobengher. Celui-ci eut l'idée d'y placer des moulins équipés d'une vis d'Archimède en chêne afin de pomper les eaux des Moëres.
Ces anciens moulins, aux noms des grands fleuves ( Ex: moulin du Danube ), ont presque tous disparu.


La vis d'Archimède du moulin du Danube

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