Usages
Le Moyen Age a développé une civilisation où l'on utilisait ces
machines à tout faire que sont les moulins à eau et à vent. L'un
comme l'autre étaient connus du paysan et du citadin.
Ces "usines" devinrent vite un lieu de contact et de rencontre,
surtout les moulins à blé. Les rassemblements étaient importants,
les files d'attente longues. Des prostituées circulaient dans la
foule, recrutant leur clientèle. Saint Bernard, au XII° siècle,
menaça même de fermer les moulins.
Un document du XIII° siècle sur le rôle de l'énergie hydraulique
dans un abbaye cistercienne prouve l'importance des moulins à eau.
La voici déjà dans le bâtiment voisin; elle remplit la chaudière et s'adonne au feu qui la cuit pour préparer la bière des moines si les vendanges ont été mauvaises.
La rivière ne se tient pas pour quitte. Les foulons établis près du moulin l'appellent à leur tour...
Quand elle a fait tourner d'un mouvement accéléré, tant de roues rapides, elle sort en écumant; on dirait qu'elle est broyée.
Au sortir de là, elle entre dans la tannerie, où elle prépare le cuir nécessaire à la chaussure des frères; elle y montre autant d'activité que de soin, puis, elle se divise en une foule de petits bras pour visiter les différents services, cherchant diligemment partout ceux ont besoin de ses services, qu'il s'agisse de cuire, tamiser, broyer, arroser, laver ou moudre, ne refusant jamais son concours.
Enfin, pour compléter son œuvre, elle emporte les immondices et laisse tout propre.
Longtemps avant l'apparition de l'électricité ou même de la machine à vapeur, les moulins étaient déjà employés pour tous les usages possibles et imaginables.
Moudre le grain
Les grains sont d'abord nettoyés : d'abord vannés à la main, ils
sont confiés ensuite au tarare dont les pales, provoquant un
mouvement d'air, rejettent la poussière et la paille.
Les sacs sont hissés au moyen de tire-sacs ou "windac". Puis, les
grains sont versés dans la trémie d'où ils s'écoulent par une trappe
réglable dans l'auget secoué régulièrement par le frottement contre
le fer de la meule.
Celui-ci actionne la meule courante (au-dessus). La trépidation
ainsi provoquée permet aux grains de s'écouler automatiquement par
l'œillard de la meule courante entre celle-ci et la dormante
(en-dessous) qui est fixe.
|
La chambre des meules |
|
|

Après être tamisée, la boulange (grains broyés) est récupérée par la
vis d'Archimède pour l'ensachage.
Broyer les graines oléagineuses
La culture des graines oléagineuses a connu un grand développement
dans notre région. l'huile extraite de la graine de lin, de colza,
d'œillette ou pavot noir et de chènevis, fut l'objet d'un commerce
très important, surtout autour de Lille, qui comptait dans ses
environs plusieurs centaines de moulins à huile appelés
"tordoirs".
C'est une industrie très ancienne. A partir du 11° siècle et
fréquemment au 13°, on mentionne des moulins à huile en Flandres. La
presque totalité de ces "tordoirs" étaient des moulins sur pivot qui
utilisaient comme moyen de transmission du mouvement mécanique,
l'arbre à cames, levant et libérant les pilons.
Le seul qui subsiste aujourd'hui est celui des Olieux à Villeneuve
d'Ascq. Mais, à partir d'avril 1999, le meunier du moulin de Cassel
fabriquera de l'huile dans la cavette qu'il a fait construire
récemment par l'un des rares charpentiers qui existent encore
aujourd'hui.
Préalablement broyées sous les pilons ou les meules verticales pour
les moulins tours ou à eau, puis chauffées pour ramollir la pâte,
les graines sont pressées jusqu'à l'extraction complète de l'huile.
Le résidu, appelé tourteau, de la forme d'un gâteau sec, est utilisé
comme engrais ou nourriture pour les bestiaux.
![]() |
![]() |
![]() |
| Les pilons du Moulin des Olieux | Le chauffoir |
La presse |
à Villeneuve d'Ascq
Scier et forger :
Scier le bois :
La machinerie de ces moulins est complexe. Un châssis composé de
lames, l'armure, est animé d'un mouvement de va-et-vient par
l'intermédiaire d'une bielle manivelle. Un rouet à cliquet fait
avancer, entre chaque coup de scie, une crémaillère tirant un
chariot sur lequel est fixé le tronc d'arbre à débiter.
Scier la pierre :
Le principe mécanique est le même que pour le bois, à la différence
que le châssis, au lieu d'être vertical, est horizontal. En outre,
c'est lui qui descend régulièrement, de 4 cm par jour pour le granit
et de 6 à 7 cm pour le marbre. On les trouve dans l'Avesnois, où
l'on extrayait la pierre.
Il y en eut environ une cinquantaine et quelques autres dans le
Boulonnais.
Fabriquer le papier :
Lieu de prédilection des papeteries, la vallée de l'Aa en a connu
des dizaines, dont certaines, mais très modernes, fonctionnent
encore.
On ne sait qui a été l'instigateur de cette activité dans la région
Nord - Pas-de-Calais. Ce fut l'aboutissement d'un long périple qui
amena en Occident une invention chinoise; par la route de la soie,
le papier et son secret de fabrication arrivèrent en Perse au VII°
siècle, gagnèrent l'Espagne au XI° siècle et la France au XIV°
siècle.
Avant la fabrication proprement dite, les femmes et les enfants
avaient pour tâche de collecter les chiffons usagés et d'en enlever
les boutons.
Puis, les chiffons étaient triés, lavés et mis au pourrissoir où ils
fermentaient une à deux semaines suivant le cas. C'était l'art du
"gouverneur" de savoir quand arrêter cette opération. On pouvait
parfois voir des champignons pousser sur la masse qui pourrissait
...
Les chiffons étaient ensuite découpés au dérompoir avant d'être
portés dans la salle des piles à maillets mises en marche par la
roue à aubes actionnée grâce à la rivière. La tête d'un maillet
était garnie de clous tranchants pour déchiqueter les chiffons au
rythme de 40 à 60 coups par minute.
Puis les fibres se diluent dans une cuve où "l'ouvreur" et le
"coucheur", deux ouvriers papetiers, fabriquaient à la main la
feuille de papier. Plongeant une "forme", c'est-à-dire un châssis
tendant une toile métallique dans la cuve, l'ouvrier ressort une
couche de pâte qui s'égoutte notamment à la "couverte" .
Les feuilles de papier empilées étaient pressées puis séchées dans
un "étendoir".

Le moulin à papier, extrait de l'Encyclopédie de Diderot.
Les procédés évoluèrent avec le temps. La pile hollandaise,
introduite au XVIII° siècle, supprima le pourrissoir. Elle
consistait en un cylindre muni de lames tranchantes tournant dans la
cuve entre 120 et 200 tours par minute. Plus tard arrivèrent les
machines, comme celle inventée par Nicolas Robert en 1799,
pour faire une feuille continue.
Les formats anciens de papier portaient des noms pittoresques comme
le jésus, le raisin, la couronne, la coquille ...Les papiers
spéciaux portaient ou portent encore des noms comme le pot pour les
cartes à jouer, le grand cornet, le vergé ...
A Esquerdes, sur les bords de l'Aa, la Maison du Papier nous fait
revivre l'histoire du papier et présente un véritable atelier de
fabrication qui a été reconstitué à l'identique de ceux qui
existaient aux siècles passés.
|
La roue à aubes, d'un diamètre de 7,80 m, installée à
l'extérieur, sur l'Aa, fournit l'énergie nécessaire à la
démonstration de cette activité artisanale.
Là, on fabrique toutes sortes de beaux objets, grandes
feuilles de papier, écrues, colorées ou imprimées, cadres en
carton, pots à crayons, papier à lettres ... Dans les
mini-ateliers, on peut faire soi-même son papier et emporter
sa feuille ! |
|
Forger les métaux :
L'existence d'une forge dépendait de la proximité de 3 produits de
base :
le minerai
le combustible
l'énergie.
Elle servait à fabriquer clous, cuirasses, lames de scie, faux...
Les moulins forges ont été nombreux dans l'Avesnois. Comme dans les
moulins à huile, c'est aussi le système de l'arbre à cames qui est
employé pour lever le marteau, appelé ici martinet ou maka, sur
l'enclume.

Le marteau à biseauter, installé à Villeneuve d'Ascq, au siège de
l'ARAM, provient de la taillanderie Monnoyer Debary fondée en 1880 à
Vers-sur-Selle, petite commune au sud d'Amiens.
Drainer :
Les moulins étaient de type tour. Ils étaient situés dans la plaine
maritime entre Calais, Dunkerque et Saint-Omer.
Ainsi les marais des Moëres ont été asséchés au XVII° siècle, en
quatre ans, par l'ingénieur Wenceslas Cobengher. Celui-ci eut l'idée
d'y placer des moulins équipés d'une vis d'Archimède en chêne afin
de pomper les eaux des Moëres.
Ces anciens moulins, aux noms des grands fleuves ( Ex: moulin du
Danube ), ont presque tous disparu.

Liste des liens





